GRÈVE DES LOYERS DE BARCELONE

Au début du siècle, l’industrie est en forte croissance à Barcelone. La population s’accroit de 62% entre 1920 et 1930 provoquant une forte pénurie de logements et une très forte augmentation des loyers.

La plupart des logements sont offerts par des petits propriétaires car l’offre de logements publics à prix modérés est dérisoire. Dans ce contexte, des bidonvilles émergent ainsi que des taudis sans eau courante tandis que les propriétaires profitent d’une rentabilité dépassant parfois 10%.

Puis, en 1931, le chômage augmente, la situation devient explosive.

La CNT (Confederación Nacional del Trabajo) crée la Commission de Défense Économique (CDE) et appelle à une action contre la crise du logement par son journal.

Le 1er mai 1931, la CNT et la CDE organisent un rassemblement massif autour de cette revendication : baisse des loyers de 40%.

S’en suivent des réunions publiques. En juillet, la revendication est devenue :

  • Caution (un mois) utilisée pour le mois de juillet
  • Loyer réduit de 40% à partir du mois d’août
  • Loyer nul pour les chômeurs
  • Grève des loyers en cas de refus du propriétaire

Mais le principal syndicat de propriétaires refus toute négociation et demande à la police de défendre son droit de propriété. La grève commence donc. On estime que 100 000 personnes y participent en août.

Le gouvernement socialiste se range du côté des propriétaires et commence à réprimer la CDE en interdisant ses rassemblements dès fin juillet. En août, des militants de la CNT sont arrêtés.

Mais le mouvement continue de façon décentralisée. Les familles expulsées sont remises dans leurs appartements par d’autres grévistes. Dans d’autres cas, les employés municipaux chargés de l’expulsion sont intimidés par des grévistes voire sympathisent avec elles et eux. À tel point que le principal syndicat de propriétaires, exaspéré, crée des milices. Puis la Guardia, une milice paramilitaire nationale, prend en charge les expulsions. En octobre, ce sont des femmes enceintes et des enfants qui l’arrêtent.

La grève prend fin en décembre. De nombreux propriétaires ont fini par accepter de réduire le loyer voire de renoncer aux loyers non perçus pendant la grève.

Cette première expérience de mobilisation de toute une communauté prépara le terrain pour la révolution de 1936.

Ce cas est loin d’être le seul, cette page de Rebellyon en présente 4 autres :

  • Glasgow 1915
  • Liverpool 1972-1973
  • Foyers Sonacotra en France 1974-1980
  • Rome 1974

Et il y a aussi Bagnolet 2020 !

Voici la traduction d’un conseil des grévistes de rent-strike.org :

« Trouvez vos amiEs, il suffit de quelques personnes – cinq étudiantEs et un photocopieur peuvent faire plus de dommage à une institution qu’une armée. »

Cette lutte nous ramène tout naturellement au 21ème siècle.