LA COMPÉTITION

La compétition est partout. Dans le sport, dans les écoles, dans les entreprises, partout. Elle pousse à se réjouir quand d’autres font des fautes, n’est-ce pas incroyablement malsain ? Aucune forme de compétition ou de concurrence n’est saine. C’est la coopération qui est saine.

L’attribution de marchés dans l’automobile, dans le bâtiment, dans la fonction publique, partout en est un bel exemple. Au titre de la « saine » concurrence les clients consultent plusieurs fournisseurs, cinq, six, parfois davantage qui reçoivent des cahiers des charges longs comme un jour sans pain qui ne cessent de changer et font des études coûteuses qui durent des mois. Finalement un seul est retenu, souvent le moins disant et le plus offrant, et les autres n’ont que leurs yeux pour pleurer car leur travail n’est pas payé. Le résultat est qu’une bonne partie du travail est faite plusieurs fois inutilement ! C’est un gaspillage énorme y-compris chez le client qui dépense beaucoup d’énergie à évaluer les offres. J’ai vu ça tellement de fois dans l’automobile. Et c’est toujours trop cher alors on consulte plus de fournisseurs et/ou des fournisseurs plus lointains. C’est sans fin ! 

Il est temps de cesser de trouver ça normal !

Autre exemple, c’est au titre de la compétition qu’on regroupe des centres de recherche et des écoles sur la plateau de Saclay. Le but est d‘améliorer leur place dans le classement de Shanghai. Centrale Supelec, Telécom Paris, ENS Cachan, AgroPArisTech, etc. Ce faisant on sème la désolation chez les agriculteurices dont on détruit les terres, on sème la désolation parmi les étudiantEs en les isolant au milieu des champs qui restent et des chantiers et on dépense des sommes folles. Un résultat perdant-perdant-perdant qui donne pleinement raison à W. Edwards Deming :

« On ne peut pas se permettre l’effet destructeur de la compétition. » 

C’est aussi au titre de la compétition qu’on nous impose la 5G. Nous n’en avons pas besoin mais Bercy a rappelé en juin 2020 que la France est « le seul grand pays de l’OCDE à ne pas avoir commencé à déployer la 5G ». Tant pis pour la Convention Citoyenne pour le Climat qui demandait un moratoire et tant pis pour la baisse de notre consommation électrique.

Même l’éducation est fondée sur la compétition. Pour entrer dans une « grande » école, il faut passer un concours. Non, il n’est pas normal de passer un concours pour accéder à un savoir qu’on désire acquérir, un examen devrait suffire. Le 7 mai 2021 devant le tribunal de Paris où j’étais venu soutenir Assa Traoré qui réclame justice pour son frère mort lors d’un contrôle de police en 2016, j’ai rencontré Roxane qui prépare le concours de l’École Normale Supérieure. 4000 candidats et 50 places ! Non !

« Quand on apprend à des enfants, par exemple à l’école, à se battre, à se dominer les uns les autres, à être des gagnants – en risquant d’être des perdants – on peut dire que nous sommes une société qui marche à l’envers. Dire à un enfant « tu vas être premier », à la réflexion c’est un crime ! » Albert Jacquard

La compétition serait utile au progrès ? Elle conduirait au dépassement de soi ? Peut-être mais à quel prix ? La mise en concurrence revient à demander à deux équipes de tirer sur une corde en sens inverse. Le résultat est nul mais tout le monde est épuisé.  

La coopération permet d’avoir beaucoup plus avec beaucoup moins d’effort. Est-ce la compétition qui nous a donné Apple ? La société Apple aurait elle existé si Steve Jobs et Steve Wozniak ne s’étaient rencontrés ? Aurait elle eu le même impact sans le designer Jonathan Ive ? Ce n’est pas la compétition qui nous a donné Apple, ce sont de belles rencontres qui ont permis à des personnes d’atteindre leur plein potentiel.

« Pour devenir moi j’ai besoin du regard de l’autre, j’ai besoin de tisser des liens avec lui. » Albert Jacquard

« L’intelligence se fout de la compétition » Albert Dupontel 

La compétition pose un autre problème comme dit Albert Jacquard :

« La compétition sélectionne les gens les plus dangereux, ceux qui ne seront pas capables d’imagination. »

Nos dirigeants, qui sont tous le fruit d’une compétition terrible, font ils preuve d’imagination ?

« Le progrès, c’est d’abord la croissance. » Valérie Giscard d’Estaing (1977)

« L’on a cru il y a quelques années, et c’était vrai, que l’on était retourné à la croissance et qu’on allait voir s’éloigner le chômage, toutes les formes de récession, de politique de rigueur. » François Mitterrand (1991)

« La croissance ce n’est pas un mythe, la croissance il ne faut pas l’attendre, il faut la faire, elle est entre les mains de chacun d’entre nous.» Jacques Chirac (1996)

« Il faut qu’on libère les forces de croissance. »  Nicolas Sarkozy (2011)

« Nous avons une obligation, qui est de relever très rapidement les taux de croissance. » François Hollande (2012)

« Nous devons œuvrer pour avoir plus de croissance. »  Emmanuel Macron (2019)

Coluche ! Pourquoi manquent-ils d’imagination à ce point ?

« [les hommes politiques] ont un numéro de clown, l’un pèle les oignons et l’autre pleure » Coluche

Tous les sports de compétition, comme le football, sont des outils de domination des masses qui alimentent un chauvinisme crétin et une gabegie écologique et financière inouïe. Inouïe mais pas inutile : le sport est l’opium du peuple d’aujourd’hui qui est bien utile à ceux qui nous asservissent. Déjà les romains le disaient : « du pain et des jeux » et le peuple nous laissera mener le monde à notre profit. À mort le foot !

« Quand j’étais au lycée, je me suis demandé « pourquoi m’importe-t-il que l’équipe de football de l’école gagne ? Je ne connais personne dans l’équipe, ils n’ont rien à voir avec moi … Je suis ici et j’applaudis ? Ça n’a aucun sens. » Mais le fait est que si, ça a du sens : c’est une façon de créer des attitudes irrationnelles de soumission à l’autorité et de cohésion de groupe derrière des meneurs. En fait, c’est un entraînement au chauvinisme irrationnel. C’est aussi une caractéristique des sports de compétition. » Noam Chomsky

Les Jeux Olympiques sont la manifestation ultime de cette logique impérialiste et destructrice de domination des masses. Pire encore, la France ne compte-t-elle pas sur les jeux de 2024 pour montrer sa compétence en termes de surveillance de la population ? Voilà à quoi servira la 5G !

J’ai vu une vidéo que je ne retrouve pas malheureusement, où deux équipes féminines de gymnastique s’affrontent. Chaque coach met beaucoup de pression et tance vertement les gymnastes à chaque faute. Tout le monde est stressé donc tout le monde souffre. Et soudain les athlètes se mettent à faire des chorégraphie avec l’équipe adverse ! On voit les bleues et les rouges ensemble sur le tapis. Et bien sûr ça provoque la fureur des coachs mais les gymnastes s’en fichent et continuent car elles prennent du plaisir et ont retrouvé le sourire. Et elles se surpassent ! Finalement les coachs des deux équipes, devenus inutiles, se rapprochent à leur tour. Comme j’aimerais revoir cette vidéo.

Non, plutôt qu’unE seulE championNE, créons des championNEs. celles et ceux qui atteignent un certain niveau reçoivent touTEs la même médaille. Fini la compétition entre les athlètes ! Tout le monde premier comme le souhaitait W. Edwards Deming ! 

« À quoi sert d’être meilleur que quelqu’un d’autre ? » Noam Chomsky

La seule compétition acceptable est avec soi-même. C’est celle qui consiste en tant qu’individu ou en tant qu’organisation à se dépasser pour être plus courageux, plus généreux, plus humble ou plus coopératif.

C’est pourquoi j’aime le kung-fu, qui se pratique sans confrontation, dans la recherche du dépassement de soi, et déteste le judo.

Mais il ne faut jamais oublier que le vrai dépassement de soi se fait avec les autres comme le montrent ces enfants japonais dans cette belle vidéo.

« Mon meilleur ami est celui qui tire le meilleur de moi » Henry Ford

C’est vrai pour les personnes comme pour les organisations. Je connais une entreprise qui a une vision et le souci de l’amélioration continue quoi que fasse la concurrence et qui coopère avec d’autres organisations, des concurrents, des fournisseurs, des villes, notamment et peut-être principalement, pour apprendre et se remettre en question. Vivement qu’elle se mette à produire par millions des quadricycles électriques à pédales de quatre places minimum et de cent kilogrammes maximum plutôt que des tanks qui détruisent la vie.

Une belle interaction peut faire que le tout dépasse la somme des parties comme si un et un faisait plus que deux comme le dit ce vieux proverbe japonais découvert grâce à W. Edwards Deming :

« Est-ce la cloche qui sonne, est-ce le marteau qui sonne, ou est-ce la rencontre des deux qui sonne ? »

Ainsi que le pape François :

« Rappelons-nous que « le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme de celles-ci » Fratelli Tutti #78

La Musique si belle de Ry Cooder et Ali Farka Touré est un des innombrables exemples d’interactions improbables au résultat merveilleux.

Il en est de même dans la nature. Le miel mais aussi la pollinisation ne sont-ils pas le fruit d’une

« magnifique histoire d’amour et de partage entre le monde végétal et celui des insectes, entre le monde des fleurs et celui des abeilles »

comme le dit Céline Locqueville ?

Il est temps d’imiter la nature en coopérant les uns avec les autres ! Ouvrons nous aux autres avec humilité pour que des connexions se fassent, que des déclics aient lieu, que des cloches et des marteaux sonnent. Et cela peut être bien sûr des rencontres avec des morts à travers leurs écrits. Deming, Coluche, Gandhi, Brassens, Desproges, Gramsci, Aubrac, notamment, ont été des révélations pour moi.

La coopération, c’est plus de temps pour soi et pour celles et ceux qu’on aime, les enfants, les parents, les amiEs, les animaux, etc. Complétons la belle citation d’Albert Jacquard pour conclure ce chapitre :

«  Pour devenir moi j’ai besoin du regard de l’autre, j’ai besoin de tisser des liens avec lui. Dès que je suis en compétition avec lui, je ne tisse plus de lien et par conséquent je suis en train de me suicider. »

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