LA DÉMOCRATIE

La France n’est pas une démocratie et ne l’a jamais été. Nous sommes dans un régime représentatif comme le dit l’abbé Emmanuel-Joseph Sieyès dans son discours du 7 septembre 1789 : 

« La France ne doit pas être une démocratie, mais un régime représentatif. Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi, n’est pas douteux parmi nous. D‘abord. la très grande pluralité de nos concitoyens n‘a ni assez d’instruction, ni assez de loisir, pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; ils doivent donc se borner à se nommer des représentants. […] Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer a faire eux-mêmes la loi : ils n’ont pas de volonté particulière a imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple. je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »

Dans ce régime, voter revient à changer le représentant du système dominant donc ne rien changer de fondamental. Ce que dit Noam Chomsky des États-Unis est parfaitement vrai aussi en France :

« Personne ne devrait avoir d’illusions, les Etats-Unis sont fondamentalement un régime à un seul parti et le parti au pouvoir est le parti du business. »

Voilà comment nous sommes considéréEs comme Etienne de La Boétie l’a écrit dans le discours de la servitude volontaire :

« Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. […] Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature. »

Sans donner raison à l’abbé Sieyès, observons qu’à son époque, seulement 50% des hommes et 30% des femmes savaient lire et écrire. Et il aurait plu ajouter que les télécommunications se faisaient à la vitesse du cheval au galop. Même le télégraphe mécanique de Chappe n’existait pas encore en 1789.

Mais aujourd’hui, plus de 80% d’une classe d’âge a le bac et on communique instantanément avec la Nouvelle Zélande. Seul le dernier point reste vrai : nous n’avons pas assez de loisir pour nous occuper de toutes les affaires publiques, tout le temps, même en réduisant le temps de travail. La ville de Saillans a expérimenté la démocratie directe et cela a épuisé tout le monde.

Sommes nous condamnéEs au régime représentatif où le peuple délègue le pouvoir de voter à des éluEs ?

Oui mais il existe un régime représentatif démocratique ! C’est celui des zapatistes !

Les éluEs zapatistes sont révocables, non rémunéréEs, iëls ont non pas un mandat mais une charge et iëls gardent une autre activité car « diriger n’est pas un métier ». Pas de professionnels de la politique chez les zapatistes. Être éluE est un service rendu et non un honneur reçu. Et tout le monde est amené à être élu un jour ou l’autre s’il en a l’envie et la capacité. Enfin, les éluEs doivent respecter sept principes de bon gouvernement, les principes de commander en obéissant :

  • Obeceder, no mandar(obéir, ne pas commander)
  • Representar, no suplantar (représenter, ne pas supplanter)
  • Bajar, no subir (descendre, ne pas monter)
  • Servir, no servirse (servir, ne pas se servir)
  • Convencer, no vencer (convaincre, ne pas vaincre)
  • Construir, no destruir (construire, ne pas détruire)
  • Proponer, no imponer (proposer, ne pas imposer)

«Je veux mourir en étant esclave des principes, pas des hommes» Emiliano Zapata

Les éluEs zapatistes continuent d’exercer une autre activité car « diriger n’est pas un métier ». Leur charge ne doit pas leur permettre de s’enrichir.

« Les hommes politiques, c’est comme les trous dans le gruyère. Plus y a de gruyère, plus y a de trous, et plus y a de trous, ben moins y a de gruyère. » Coluche

Dans les cas où le consensus ne peut être obtenu alors les zapatistes procèdent à un vote mais la victoire doit être large : 70 / 30 par exemple et pas 51 / 49 dont on se contente chez nous.

L’escargot (caracol en espagnol) est le nom du lieu où les zapatistes tiennent leurs conseils de bon gouvernement et le symbole de leur démocratie. Pour l’économie, il faut voir du côté de l’escargot des décroissants et pour la démocratie, il faut voir outre Atlantique du côté de l’escargot des zapatistes.

Pourquoi l’escargot ? Car la démocratie, cela prend du temps, il faut s’informer sur chaque question mais aussi, pour que les décisions soient solides, les zapatistes ne se contentent pas du consentement (personne ne dit « non ») mais recherchent le consensus (tout le monde dit « oui »).

Le consentement s’obtient avec une question fermée « as-tu une objection ? ». Au mieux, la question est posée à chacun au cours d’un tour de table. Au pire elle est posée à l’assemblée complète. Dans les 2 cas, pas facile d’exprimer un simple doute puisque la question est fermée.

Le consensus s’obtient avec une question ouverte « que penses-tu de la proposition ? » et là on est obligé de vider son sac.

Quelle est la différence entre consentement et consensus ? Et bien la mort des 7 astronautes de la navette Challenger en 1986 par exemple. Des ingénieurs avaient un doute sur le joint dont la défaillance a provoqué l’explosion du réservoir d’hydrogène. Ils se sont exprimés mais leur objection n’a pas été jugée valable. Des accidents de montagne et des accidents d’avion sont également dus à ce mode de décision.

Prendre le temps d’obtenir un consensus est donc préférable et c’est chronophage. Et c’est pour cela que les zapatistes ont des éluEs. Si tout le monde s’occupait de tout, alors qui pour faire tourner les fermes, les hôpitaux, les écoles, les coopératives, etc. ? 

Autre enseignement très intéressant, à côté des conseils zapatistes, il y a l’armée zapatiste de libération nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional ou EZLN). Elle ne prend pas part aux décisions des civils et on ne peut tenir de rôle d’autorité dans l’armée et dans la société civile. Mais c’est elle le porte-parole de l’ensemble des zapatistes et son fonctionnement est pyramidal. Ainsi les zapatistes sont indissociables de la parole pleine d’humour et de poésie des sous-commandants Galeano et Moises qui s’expriment abondamment sur leur site.

Ce fonctionnement n’est pas sans rappeler … le fonctionnement des entreprises libérées comme FAVI, Harley Davidson, HCL, Gore, etc. Le point commun de ces entreprises est que les dirigeantEs ne disent pas aux employéEs ce qu’iëls doivent faire, bien au contraire.

« C’est celui qui fait, qui sait » Jean-François Zobrist.

« On doit seulement leur donner les outils dont iëls ont besoin, et s’écarter de leur chemin. » Vineet Nayar

Dans ces entreprises, les dirigeantEs utilisent le moins possible leur autorité. Iëls veillent à l’engagement des employéEs et donc à leur bonheur. Cela passe par des valeurs partagées dont iëls sont les garantEs et qu’iëls incarnent. Et ne pas décider des opérations leur laisse le temps de réfléchir à l’avenir de l’entreprise et de la représenter à l’extérieur. Ces entreprises réussissent bien et rendent leurs employés heureux. FAVI exporte en Chine ! Mais cette culture ne survit pas au départ des dirigeantEs. L’EZLN est donc indispensable à la survie du modèle zapatiste. Pour en savoir plus, lisez « liberté & compagnie » de Isaac Getz.

Revenons à la démocratie zapatiste, elle s’appuie donc sur :

  • une armée de libération nationale
  • un porte-parole (qui est l’armée)
  • des conseils de bon gouvernement

Et pour la France, quels conseils de bon gouvernement ?

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