UNE SIMPLE CONVENTION HUMAINE

Voici des mots du sous commandant insurgé Galeano qui a filtré quelques phrases du chat-chien.

LE HUITIÈME PASSAGER 

Nulle part et partout. Un train endormi se berce de son propre ronronnement. Il ne vient de nulle part ni ne va nulle part. Ou peu importe. À bord, une population de gris, quasi des morts-vivants, s’est assoupie. Dans le dernier wagon, sept passagers solitaires, aux vies et aux vêtements misérables, s’ennuient et se désespèrent au fond de leurs sièges. 

L’un d’eux dit : « Je donnerais tout pour changer ma situation. » La phrase ayant un sens universel, les six autres approuvent en silence. Le grand train  cabossé entre alors dans un tunnel qui tue les gris et agrandit les ombres. La porte s’ouvre et laisse place à un huitième passager, dont l’habit clame « Je ne suis pas d’ici », et qui s’assoit sans dire un mot. Le tunnel rallonge l’obscurité. 

Quelque chose comme un coup de tonnerre, une branche sèche brisée sans l’ombre d’une tempête. Des yeux emplis de flammes apparaissent dans l’obscurité. Le regard embrasé parle « je crois qu’il n’est pas nécessaire que  je me présente. Chacun d’entre vous m’a invoqué avec ou sans mots, et à votre appel je réponds. Votre âme pour un voeu. Votre prix sera le mien. »

L’un demande la santé, n’être jamais malade. Satan répond : « Accordée », récupère l’âme du bien portant et la met dans son sac. 

Un autre opte pour le savoir, tout connaitre. Le diable chuchote: « Accordé », prend l’âme du savant et la range dans sa sacoche. 

Le troisième choisit la beauté, être admiré. Le roi des enfers dit : « Accordée ». Et l’âme du bellâtre trouve sa place dans la besace. 

Le quatrième préfère le pouvoir, diriger et être obéi. Lucifer soupire : « Accordé ». Et l’âme du chef s’ajoute aux autres dans sa veste. 

Le cinquième de s’avancer: « Les plaisirs », éveiller les passions grâce à la seule volonté. Le démon sourit avec satisfaction : Accordés ». et l’âme de l’hédoniste rejoint les autres dans le sombre caban.

Le sixième se lève et choisit la gloire, être reconnu et acclamé de tous. Satan ne fait aucun geste quand il déclare : « Accordée ». Et l’âme de la célébrité s’ajoute aux autres déjà prisonnières.

Le septième chante presque en disant : « L’amour ». Le Malin éclate de rire épelant : « A-c-c-o-r-d-é », Et l’âme de l’amant se cale au fond du sac. 

L’ange déchu regarde avec impatience le huitième passager qui ne dit rien et griffonne seulement sur un carnet. 

Lucifer adoucit sa voix en demandant : « Et quel est ton souhait ? N’importe lequel te sera octroyé en échange seulement de ton âme passagère. » 

Le huitième passager se met debout et lâche « Je suis l’Argent, je t’achète les 7 âmes des malheureux qui ont cru en toi, et je t’achète toi pour que tu me serves et m’obéisses. » 

Et « le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui trompe toute la terre » (Apocalypse, 12:9), sourit d’un air sournois et menaçant, avant de se mettre lui aussi dans le sac des âmes vendues : « Qu’il en soit ainsi, monsieur Argent. Mais dans ton essence même se trouve ta perte et ta prospérité d’aujourd’hui sera ton malheur demain. » 

L’argent pris le sac et s’extirpa du dernier wagon, et le train du tunnel. Derrière eux, l’obscurité s’agrandit jusqu’à conquérir le jour …

FIN

Que nous apprend cette histoire ? Que l’argent est pire que le diable. Lucifer, s’il existe, ne veut pas la fin de l’humanité, il s’ennuierait ! Alors que l’argent s’en moque, lui. Noam Chomsky le dit aussi avec ces mots :

« Je ne sais quel mot en langue anglaise – je n’en trouve pas – s’applique à ceux qui sont prêts à sacrifier littéralement l’existence d’une vie humaine organisée pour mettre quelques dollars de plus dans des poches déjà sur remplies. Le mot « diabolique » ne l’approche en rien. »

Soprano dit en chanson que l’homme a surpassé le diable !

C’est au nom de l’argent que des atrocités sont commises contre les animaux, les enfants, les femmes, les migrants, les travailleurs, etc.

«Y a trois millions de personnes qui veulent du travail. C’est pas vrai, de l’argent leur suffirait.» Coluche

«Y a dix millions de pauvres qui veulent de l’argent. C’est pas vrai, de la gratuité leur suffirait.» Bisounours

« L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres » comme le dit Coluche alors supprimons le ! Il a été utile en tant que moyen de faciliter les échanges mais il est devenu un but, une fin en soi, et cela en a fait un outil de domination tellement destructeur qu’il est vital d’apprendre à s’en passer. L’argent a fait son temps ! On peut le remplacer par la gratuité, les quotas pour qu’il n y ait pas d’abus et le travail non rémunéré 15 heures par semaine dans des coopératives. Les plus belles choses sont déjà gratuites, comme Wikipedia.

« Les gens qui préfèrent leurs enfants à leur argent passent pour des radicalisés. » Aurélien Barrau

Voici des mots de Elf Pavlik, un informaticien qui vit sans argent depuis 2009 :

« L’argent est virtuel. On ne peut pas le toucher, le goûter, le voir, le sentir, ou même l’entendre car il n’existe que dans l’imagination humaine, dans une sphère abstraite. » « Vivre sans utiliser l’argent signifie que l’on entre en interaction les uns avec les autres, nous sommes obligés de nous connaître pour nous entraider. On a créé des relations plus profondes et au final beaucoup plus larges que de l’échange matériel pur et simple. » 

illustration de Popay

Voici un groupe de doux utopistes qui partagent ce rêve d’un monde sans argent : MOCICA !

« Ce n’est pas votre argent qui fera mon bonheur » Zaz

« Les bijoux ne sont que des cailloux » Zazie.

Comment mettre ça en place ? Voici ce que j’ai imaginé mais il y a certainement moyen de faire mieux : Chacun aurait une nouvelle carte vitale qu’on pourrait appeler carte de l’interdépendance par exemple. Cette carte donnerait accès aux besoins de base gratuitement : (eau, alimentation, logement, vêtements, communication, énergie, transport, etc.) et permettrait de suivre l’historique des consommations pour qu’un quota ne soit pas dépassé. Ce qui ne relèverait pas des besoins de base pourrait continuer à s’acheter. Ou pas car il est possible d’imaginer un tirage au sort par exemple. Cela pourrait être le cas du vin par exemple.

Pour le logement, sans remettre en cause la propriété immobilière, il est possible d’imaginer un système où posséder un logement vide en plus du sien serait automatiquement dépasser un quota et être obligé de le louer gratuitement (hors charges).

Culture, santé et éducation seraient sans quota.

« Celui qui ne vit pas la gratuité fraternelle fait de son existence un commerce anxieux ; il est toujours en train de mesurer ce qu’il donne et ce qu’il reçoit en échange. […] Nous avons reçu la vie gratuitement, nous n’avons pas payé pour l’avoir. Alors nous pouvons tous donner sans rien attendre en retour[…] » Fratelli Tutti #140

« J’aime vivre ma vie de façon que celles et ceux que j’aime me donne en cadeau ce dont j’ai besoin et je leur donne ce dont ils ont besoin. Franchement, une société construite autour du consumérisme est l’enfer. » Vandana Shiva

Je doute qu’il y ait des « tire-au-flanc » dans une société qui remet la vie et le bonheur partagé au coeur de sa raison d’être. Mais peut-être je me trompe. C’est facile d’y parer, il suffit de prévoir que travailler 15 heures par semaine soit nécessaire pour que la carte de l’interdépendance fonctionne. Et bien sûr on peut s’arranger avec le bureau de l’interdépendance pour travailler plutôt 30 heures par semaine pendant 2 mois et avoir 2 mois de vacances ensuite.

C’est contraignant ? C’est une restriction des libertés ? Oui !

« Il n’y a donc point de liberté sans lois » Jean-Jacques Rousseau

La fin du chômage, des loyers, de la pauvreté, de la surconsommation, de la spéculation est à ce prix.

« Ces contraintes ne sont pas des contraintes mais sont, au final, le symbole de notre liberté » Elektra

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