LE MASSACRE DU 17 OCTOBRE 1961

Ce massacre effroyable de manifestants algériens désarmés et pacifiques nous invite à franchir la Méditerranée pour parler de la guerre d’Algérie.

La lutte pour l’indépendance était militaire et politique et il y avait en effet côté algérien deux entités distinctes : l’Armée de Libération Nationale (ALN) et le Front de Libération Nationale (FLN).

La lutte a fait 500 000 morts (voire beaucoup plus) et a conduit 15% de la population à s’exiler, les pieds noirs.

Mais le point sur lequel je voudrais attirer l’attention du lecteur, c’est sur les débuts de l’indépendance en 1962.

  • Les chefs du FLN se déchirent voire se combattent militairement. 
  • Le FLN instaure un régime autoritaire et interdit de nombreux partis d’opposition.
  • Il y aura un coup d’état trois ans après.
  • Il faudra attendre 1989, un quart de siècle plus tard, pour que d’autres partis soient autorisés ce qui conduira malheureusement à un coup d’état et à la guerre civile.

Bref, s’il y a un seul enseignement à retenir, c’est qu’il faut se mettre d’accord sur le projet pour l’avenir AVANT une éventuelle victoire. C’est trop tard en cas de divergence si on s’y met après.

Il est même possible de se mettre d’accord PENDANT la lutte comme ce fut le cas avec le programme des jours heureux du Conseil National de la Résistance à qui l’on doit la Sécurité Sociale. C’est un exemple trop rare de progrès humain majeur soutenu par la gauche comme par la droite.

De plus, il est bien plus motivant de se battre POUR et pas seulement CONTRE ce qui me permet de replacer cette citation de Raymond Aubrac :

« Vous devez comprendre, vous les jeunes, que nous ne nous battions pas seulement contre l’envahisseur nazi, nous nous battions pour un idéal : le programme du Conseil National de la Résistance. Ce qu’il vous manque à vous les jeunes d’aujourd’hui, c’est un projet utopiste du 21ème siècle. » Raymond Aubrac (propos rapportés par Christian Ferrier du collectif Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui).

Un tel progrès aurait il été possible après la libération ? J’affirme que non car avoir un ennemi commun est un élément capital pour emmener des rivaux à négocier.

Revenons à l’Algérie. La désobéissance civile et/ou une grève générale auraient elles permis d’aboutir à l’indépendance en faisant beaucoup moins de dégâts humains ? La grève est un instrument puissant. La grève ou le refus de payer l’impôt comme le faisait Henry David Thoreau, le père de la désobéissance civile, est une façon conforme à l’esprit d’Etienne de La Boétie dans son discours de la servitude volontaire dont voici quelques lignes :

« Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. »

Certes, cela trouve ces limites face à une puissance étrangère aussi violente que les nazis comme le montre la répression sanglante de la grève générale au Luxembourg en 1942. Les français étaient violents aussi comme le montre le massacre du 17 octobre 1961. Mais si la répression nazi a été si forte, c’est que la grève était efficace. Et jamais la France n’aurait pu se permettre longtemps une telle répression en Algérie à condition que les yeux du monde soit posés dessus. Ce sont les yeux de l’opinion publique nationale et internationale qui ont évité l’écrasement aux zapatistes (et ça continue).

La non violence a réussi en Inde, quelques années plus tôt, mais l’indépendance indienne a débouché sur une partition très douloureuse entre musulmans et hindous. Une autre bonne raison d’accorder beaucoup d’efforts à se mettre d’accord AVANT, lorsque la présence d’un adversaire commun emmène tout le monde autour de la table de négociation.

Comment la France, un état démocratique, a-t-elle pu se comporter ainsi en Algérie ? Mais à vrai dire d’autres démocraties ont aussi une drôle de conception de la démocratie. C’est par ici il y a 50 ans en Amérique.