En 1930, l’économiste britannique John Maynard Keynes a prédit que, grâce aux gains de productivité, nous pourrions travailler seulement trois heures par jour à partir de l’an 2000 dans les pays industrialisés.
Les gains de productivité ont dépassé tout ce qu’il aurait pu imaginer grâce à l’informatique, les télécommunications, les robots, internet et maintenant l’intelligence artificielle. J’ai trouvé un jour un manuscrit dans une poubelle. Les copier-coller étaient faits avec de la colle et des ciseaux ! Il faut réaliser à quel point beaucoup de choses sont plus faciles aujourd’hui ! Si l’on ne travaille pas seulement trois heures par jour comme annoncé par John Maynard Keynes en 1930, c’est tout simplement parce qu’on enrichit des privilégiés dont l’opulence dépasse toute mesure.
De plus, chaque fois que je vais à la boulangerie, je souffre de voir Samia, Maryam et Abdel rivéEs derrière leur comptoir 35 heures par semaine. Quel ennui ! Pire, La France est dernière en Europe pour l’engagement des salariéEs. Perte de sens, burn out, suicide, le travail est pour la plupart un mal nécessaire pour survivre et non un moyen de se réaliser.
« il ne faut pas perdre sa vie à la gagner » proverbe marocain
« Le travail est ce que l’humain a trouvé de mieux pour ne rien faire de sa vie. » proverbe français
Il est possible de travailler moins et localement ce qui permet de réduire l’empreinte écologique et de réaliser la prophétie de John Maynard Keynes : travailler seulement quinze heures par semaine, par exemple deux jours par semaine comme le boulanger Daniel Testard.
Travailler moins pour travailler toustes
Travailler moins pour polluer moins
Travailler moins pour vivre plus
Pourquoi ne travaillons nous pas déjà beaucoup moins ? Bertrand Russel nous l’explique dans son livre «Éloge de l’oisiveté» (1932) :
« Supposons qu’à un moment donné, un certain nombre de gens travaillent à fabriquer des épingles. Ils fabriquent autant d’épingles qu’il en faut dans le monde entier, en travaillant, disons, huit heures par jour. Quelqu’un met au point une invention qui permet au même nombre de personnes de faire deux fois plus d’épingles qu’auparavant. Bien, mais le monde n’a pas besoins de deux fois plus d’épingles : les épingles sont déjà si bon marché qu’on n’en achètera guère davantage même si elles coûtent moins cher. Dans un monde raisonnable, tous ceux qui sont employés dans cette industrie se mettraient à travailler quatre heures par jour plutôt que huit, et tout irait comme avant. Mais dans le monde réel, on craindrait que cela ne démoralise les travailleurs. Les gens continuent donc à travailler huit heures par jour, il y a trop d’épingles, des employeurs font faillite, et la moitié des ouvriers perdent leur emploi. Au bout du compte, la somme de loisir est la même dans ce cas-ci que dans l’autre, sauf que la moitié des individus concernés en sont réduits à l’oisiveté totale, tandis que l’autre moitié continue à trop travailler. On garantit ainsi que le loisir, par ailleurs inévitable, sera cause de misère pour tout le monde plutôt que d’être une source de bonheur universel. Peut-on imaginer plus absurde ? »
La moitié des travailleurSEs est au chômage, l’autre travaille toujours autant et le patron empoche tous les bénéfices du gain de productivité. C’est ça le capitalisme. Et dans son livre Bertrand Russel cite une duchesse qui explique bien le mode de pensée de la grande bourgeoisie :
« Qu’est-ce que les pauvres vont faire avec des congés ? C’est travailler qu’il leur faut. »

Mais dans le monde de Bisounours, le temps de travail marchand ne passe pas à trois heures par jour mais à zéro (par jour ou par semaine ;-). Fini le travail marchand !
À quoi ressemble le travail non marchand ? Je travaille trois heures par mois dans une épicerie coopérative à Montreuil, la caravane Coop qui propose des produits de qualité moins chers car il n’y a qu’un seul salarié. Je travaille deux heures par semaine dans la cantine des gilets jaunes qui propose de délicieux déjeuners à prix libre préparés par un chef. Ce n’est pas du travail bénévole, c’est du travail non marchand qui permet de faire fonctionner l’épicerie et la cantine et qui me permet d’en faire partie et donc de faire mes courses moins cher et de déjeuner gratuitement. En travaillant toustes non pas trois heures par mois mais trois heures par jour, nous pouvons satisfaire tous les besoins de toustes, en quantité frugale mais digne.
« Les vrais besoins n’ont jamais d’excès. » Jean-Jacques Rousseau
Ce n’est pas une utopie, ça existe chez les zapatistes, au Mexique : les employéEs des coopératives, les médecins, les éluEs, les professeurEs ne sont pas rémunéréEs et iëls mangent quand même et dorment dans un lit car ce que produit la communauté est partagé entre toustes. Leur devise est :
« tout pour toustes, rien pour nous »
Chez les zapatistes et dans le monde de Bisounours, le travail est un service rendu à la communauté qui lui permet de satisfaire les besoins de chacunE.
Les emplois peu qualifiés représentent un quart des emplois en France, apportons leur de la variété ! Pour fonctionner, les supermarchés coopératifs ont un bureau des membres qui gère le planning de travail. Créons un grand bureau des membres qui recense les besoins locaux de main-d’oeuvre et les met en lien avec la population. Appelons-le par exemple bureau de l’interdépendance ou de la coopération. Passons de la World Company à la World Coop ! Chaque semaine ou chaque mois un emploi différent près de chez soi ! Quinze heures par semaine soit deux jours ou quatre demi-journées, pas plus.
Comme chez les zapatistes, ne rémunérons pas ces emplois y-compris les emplois qualifiés comme médecin, professeurE, ingénieurE, informaticienNE, etc. Ce sera mécaniquement la fin de quantité de bullshit jobs qui ne correspondent à aucun besoin réel : la publicité, les contrôleurs du métro, le démarchage téléphonique, les banquiers, les assureurs et beaucoup d’emplois de bureaux. Ainsi j’ai occupé pendant des années un emploi qui était inutile et même franchement nuisible. Mais il était très profitable pour les actionnaires… Honte à moi !
Les états-uniens disent « work hard, play hard » qui signifie qu’il y a un temps pour le travail et un temps pour le jeu. Il y a un temps pour souffrir et un temps pour profiter. D’accord ! Mais à condition que le temps de travail passe à zéro ! Car n’oublions pas que le mot « travail » vient du latin « tripalium » qui signifie « torture ».
Avec le travail non marchand, impossible de contraindre des employéEs à faire des tâches dénuées de sens ! Et moins pénible est toute tâche quand son but a du sens.
« Quand j’avais un travail salarié, la personne qui m’employait attendait que je fasse ce qu’il ou elle voulait. On ne se posait pas la question de ce que nous voulions accomplir ensemble. Aujourd’hui, quand je travaille avec d’autres, nous sommes ensemble parce que nous avons une vision commune, nous avons les mêmes objectifs. » Elf Pavlik (qui vit sans argent depuis 2009)
Il s’agit de travailler mieux et donc moins. Beaucoup moins, pour passer plus de temps avec les enfants, les parents, les amiEs, les animaux, les arbres. Pourquoi faire ? Jouer, étudier, discuter ou simplement contempler, ensemble, un poème, un chant, une rose ou un parc. Le champ des possibles est infini.
Mais pour que la communauté s’épanouisse, mais aussi pour que chacun s’épanouisse, il faut travailler encore un peu alors faisons de notre mieux. Cela va sans dire ? Non, cela va comme l’ont dit W. Edwards Deming :
« Tout ce quiconque désire, c’est une chance d’être fier de son travail »
et Daniel Testard :
« Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre. […] J’encourage chacun à trouver sa fonction dans le monde car c’est la définition du bonheur ».
Généralisons les coopératives comme Longo Maï et Mondragon : « Humanity at work » :
« La tierra es de quien la trabaja » Emiliano Zapata
« La fábrica es de quien produce » Bisounours