Voici ce que je retiens des quelques luttes commentées :
L’adversaire
La cause apparente du problème est le capitalisme qui n’est pas réformable (zapatistes, Rosa Luxemburg). Des organisations comme Extinction Rebellion ont tenté de le faire évoluer en créant un rapport de force. C’est utile pour sensibiliser et faire du lien entre activistes mais inefficace pour apporter le changement désiré comme il est dit ici.
Dans le capitalisme, il y a des consommateurs et des producteurs. Sont ils également coupables ?
Les consommateurs :
« Quand on pense… Qu’il suffirait que les gens ne les achètent plus pour que ça se vende pas ! Vous n’êtes pas raisonnables non plus. » Coluche
Alors oui les consommateurs sont coupables, ils peuvent consommer moins et mieux. Mais leur marge de manoeuvre est faible car ils ne peuvent acheter que ce qu’on leur propose et car la publicité les abrutit. Par exemple pas facile d’acheter des quadricycles à pédales comme bio-hybrid pour remplacer son SUV …
Les producteurs :
Prenons Total. Non, Total, c’est un mauvais exemple. Prenons Renault. Renault propose des SUV qui sont de véritables écocides, comme, en fait, toutes les voitures. Donc oui, Renault est coupable. Mais si Renault arrêtait de produire des SUV pour faire des quadricycles à pédales, il ferait faillite comme le fabriquant de bio-hybrid a fait faillite… Sa marge de manoeuvre est donc faible également.
Le dernier mot revient à W. Edwards Deming :
« Un mauvais système mettra en échec une bonne personne à chaque fois. »
C’est valable pour les personnes comme pour les organisations.
Les plus coupables sont les propriétaires des moyens de production qui se sont appropriés tous les gains de productivité. Ils choisissent ceux qui travaillent et les font cravacher dans la roue de hamster et ils mettent les autres au chômage alors que nous pourrions être dans une société où les besoins de base de chacunE sont satisfaits en travaillant 2 jours par semaine. C’est l’histoire que raconte Bertrand Russel.
L’adversaire est le système tout entier qui n’est pas réformable. Il faut donc le remplacer par autre chose qui soit également un système.
Le but commun
Le but commun ne doit pas être « la chute du capitalisme ». Nous sommes déjà dans le chaos plutôt que dans le capitalisme. Pour éviter que la chute du capitalisme ne fasse qu’accentuer le chaos, il faut une vision qui donne un but commun.
« Sans vision, c’est le chaos qui réglera le problème » Jean-Marc Jancovici
La vision doit être partagée et proposer un monde désirable pour donner envie de rejoindre le mouvement. Cette vision doit à la fois faire rêver et rassurer sur le fait que nous n’allons pas renforcer le chaos (Gramsci, Aubrac, guerre d’Algérie, Makhnovtchina).
Le mode d’action à privilégier
Le mode d’action à privilégier est la désobéissance civile telle que la pratiquait Henry David Thoreau. Pour protester contre l’invasion du Mexique, il a refusé de payer ses impôts et il s’est retiré de la société. C’est-à-dire qu’il a fait sécession. Il ne s’agit donc pas d’affronter l’adversaire mais de cesser de cautionner et d’alimenter la bête comme Etienne de la Boétie y a appelé au 16ème siècle (TangPing, l’Internationale, Barcelone). Certains activistes l’ont fait en démissionnant, en quittant leurs études, en changeant radicalement leur mode de vie. Pour permettre à davantage de personnes de faire sécession, c’est-à-dire pour massifier, Il faut les aider à franchir le pas ou les inciter à aider celles et ceux qui le font. Comment ? En organisant l’autonomie comme les zapatistes : des cantines gratuites, des squats, des gratuiteries, des échanges de service, des liens avec les petits producteurs (en commençant par les agriculteurs), etc. Le mode d’action à privilégier par rapport au pouvoir est donc la posture « sans ».
« Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » Gandhi
Ça n’exclut pas des actions « contre » (action directe, manifestation ou pétition). Ça n’exclut pas des actions « avec » (changer le système de l’intérieur en participant aux échéances électorales). Mais il faut une cohérence d’ensemble. Il faut que chaque action serve le but commun.
L’heure est à la coopération entre organisations ayant chacune leur mode d’action mais un but commun.
L’histoire montre qu’il y a toujours eu une dimension « politique » et une dimension « action » gérée par la même institution (zapatistes, Makhnovtchina) et plus souvent par des institutions différentes (Commune de Paris, guerre d’Algérie, etc.). Ces institutions existent déjà certainement. Les membres doivent partager le but commun (la vision) et des principes et faire preuve de discipline et d’humilité (zapatistes, Commune de Paris, Mao, Taiping, Makhnovtchina). Idéalement les membres ont chassé les causes racines en elles et eux. La transformation commence par soi-même.
Les sources de motivation
La peur est un moteur puissant à condition qu’il y ait un ennemi clairement identifié (Pearl Harbor). À nous d’être plus clair à chaque fois qu’un événement lié à la catastrophe bioclimatique ou à l’injustice sociale se présente sur le vrai coupable qui n’est pas seulement le capitalisme mais qui est en chacun de nous.
C’est pourquoi l’amour est un meilleur moteur car il fait ressortir le meilleur en nous, le courage, la générosité, l’humilité, l’entraide, la bienveillance, etc. (Martin Luther, Martin Luther King). En ces temps difficiles, on va en avoir besoin pour sortir du pétrin où les causes racines nous ont mis.
« Le pouvoir ne sert que si vous voulez faire quelque chose de négatif sinon, l’amour est suffisant pour faire tout le reste » Charlie Chaplin
Massification
À côté des institutions, il y a le peuple, les amiEs de la révolution. Iëls participent aux institutions (ou pas), font sécession avec l’aide de ces institutions ou aident celles et ceux qui font sécession. Il faut que ces amiEs soient aussi nombreuXses que possible. Les dominants nous divisent avec des sujets clivants qu’il faut donc éviter. La vision doit donc être simple pour réunir. Le monde de bisounours est une vision bien trop détaillée donc clivante.
« La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer. » Antoine de Saint Exupery
Rejoindre le mouvement doit apporter un bénéfice à court et moyen terme car la massification ne se fera que si les gens y trouvent un intérêt personnel à court terme. Pas de beaux discours hors sol. (Mao, Taiping, Pentagon Papers, Makhnovtchina, Barcelone).
Communication
La bataille se livre aussi au niveau de l’opinion publique nationale et internationale. Une forte communication est nécessaire (zapatistes, Commune de Paris).
Événements déclencheurs
Il faut mettre à profit les événements qui se présentent ou les créer (zapatistes, Commune de Paris, Napoléon). Par exemple, profiter d’un événement climatique extrême pour dénoncer le capitalisme, profiter des élections pour dénoncer leur imposture, etc.
Culture
Il faut s’amuser et chanter (Mao, zapatistes). On a déjà un hymne, c’est « imagine » (par exemple).
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Une autre façon de prendre le problème est de faire une analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités, menaces) de l’adversaire.