LES FRONTIÈRES

Mes amiEs zapatistes appellent de leur voeux un monde où tous les mondes sont possibles.  Malgré toute l’admiration que j’ai pour elles et eux, je crois qu’il n’y a qu’un seul monde que les frontières déchirent. Il y a juste des géographies différentes.

 Les frontières déchirent le monde et elles tuent. Un exemple parmi d’autres : 2000 personnes sont mortes au Sénégal le 26 septembre 2002 lors du naufrage du ferry Joola. Pourquoi ? Car le bateau était surchargé. Pourquoi ? Car la route terrestre directe est plus coûteuse. Pourquoi ? Car elle passe par un autre pays. Pourquoi ? Car la Casamance est coupée du reste du Sénégal par la Gambie. Pourquoi ? Car ces frontières sont des vestiges des colonisateurs britanniques et français qui ont découpé l’Afrique en dépit du bon sens ? Pourquoi ? Ça, je ne sais pas, probablement par ignorance ou cupidité.

Une autre chaine intéressante de « pourquoi » pourrait commencer par « pourquoi les états africains n’ont ils pas été capables de modifier leurs frontières absurdes ? » Et je pense qu’elle nous conduirait à la cupidité, à l’orgueil et/ou à la compétition de part et d’autre de la Méditerranée.

Les frontières déchirent et tuent et ne servent qu’à donner du sens aux guerres. Or, ça n’a aucun sens car, comme le dit Don Durito,

« La nationalité n’est qu’un accident de circonstance. »

Elles servent aussi à animer un chauvinisme ridicule et stupide derrière une équipe de football par exemple.

Elles sont utiles aux puissants.

« Nous voyons et écoutons les puissants battre en retraite et se cacher derrière des soi-disant états-nations et leurs murs. Ils ravivent des nationalismes fascistes, des chauvinismes ridicules et des discours assourdissants. » Déclaration pour la vie #6

Or comme le dit le pape François, « Les migrations constitueront un élément fondamental de l’avenir du monde ». Si on continue de les gérer par le repli sur soi, des milliers mourront de noyade en Méditerranée ou de misère chez elles et eux et des millions vivront dans la peur des migrantEs en Europe.

Et la peur est utile aux dominants :

« Plus vous augmentez la peur […], plus vous contrôlez votre peuple. » Noam Chomsky

La pression migratoire est donc utile à ceux qui en sont responsables :

« La question migratoire n’est ni italienne ni française, elle est mondiale : elle résulte des choix de l’Occident qui n’a cessé d’exploiter les pays du Sud, de les appauvrir, de déclencher des guerres entre eux, de leur vendre des armes… pour ensuite considérer ces peuples martyrisés comme des envahisseurs. Devant une telle contradiction, on ne peut pas rester sans rien faire. C’est inacceptable et révoltant. » Domenico Lucano

Cette politique inacceptable et révoltante nous réduit en esclavage :

« Réapparaît la tentation de créer une culture de murs, d’élever des murs, des murs dans le cœur, des murs érigés sur la terre pour éviter cette rencontre avec d’autres cultures, avec d’autres personnes. Et quiconque élève un mur, quiconque construit un mur, finira par être un esclave dans les murs qu’il a construits, privé d’horizons. » Fratelli Tutti #27

Cette politique inacceptable et révoltante est indigne de nous :

« Les migrants ne sont pas jugés assez dignes pour participer à la vie sociale comme toute autre personne et l’on oublie qu’ils ont la même dignité intrinsèque que quiconque. […] La dignité inaliénable de chaque personne humaine indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion, et la loi suprême de l’amour fraternel. » Fratelli Tutti #39

« chaque année, la mer Méditerranée est le théâtre macabre de milliers de morts qui sont une tache indélébile sur le drapeau européen, déshonorant les politiciens qui nous dirigent. Honte à eux. » Stéphen Kerckove 

Or les migrantEs ne sont pas une menace, iëls sont une chance.

« Les migrants, si on les aide à s’intégrer, sont une bénédiction, une richesse et un don qui invitent une société à grandir. » Fratelli Tutti #135

« Beaucoup de réfugiés arrivaient avec des métiers, des savoir-faire hérités de leurs propres cultures et traditions, ce qui a permis de relancer l’artisanat local en unissant leurs talents avec ceux des habitants. On a ensuite pu rouvrir l’école, qui avait dû être fermée faute d’enfants, mais aussi relancer la production d’huile d’olive…, tout cela dans une économie solidaire, sans autre profit que la rémunération des salariés. » Domenico Lucano

Les pays riches, en colonisant le sud puis en le pillant, sont responsables des migrations alors notre devoir maintenant est :

« il faut respecter le droit de tout être humain de trouver un lieu où il puisse non seulement répondre à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille, mais aussi se réaliser intégralement comme personne. Nos efforts vis-à-vis des personnes migrantes qui arrivent peuvent se résumer en quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. » Fratelli Tutti #133

Il est temps de supprimer les frontières. Fini les centres de rétention administrative (CRA) ! Et partout où la vie reste possible, il va falloir serrer les coudes. Et il n’appartient qu’à nous d’en faire une expérience très plaisante et très riche sur le plan humain.

Après les villages SOS pour orphelins, construisons des village SOS pour les migrantEs, les personnes SDF et celles et ceux qui veulent vivre de façon plus humaine et pas chacun chez soi dans une boîte plus ou moins grande.

Mais avant de voir comment, faisons une pause musicale qui n’a rien d’innocente avec ma chanson préférée.

Beijing te souhaite la bienvenue

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