Direction l’extrémité orientable de l’Asie, Shanghai, où le PCC a tenu son premier congrès le 23 juillet 1921. C’était dans la concession française dans un bâtiment soigneusement préservé.
Allons trouver le plus éminent représentant du PCC, Mao Zedong. En termes de luttes, il n’a de leçon à recevoir de personnes … Par contre il donne de nombreuses leçons dans son petit livre rouge que le hasard et un étalage de brocante ont mis sur mon chemin à Xi’An il y a une quinzaine d’années. Une édition en français de 1965 ! Cela dit, on le trouve sur internet. Morceaux choisis :
Chapitre 1 Le parti
« Sans un parti révolutionnaire, sans un parti fondé sur la théorie révolutionnaire marxiste- léniniste et le style révolutionnaire marxiste-léniniste, il est impossible de conduire la classe ouvrière et les grandes masses populaires à la victoire dans leur lutte contre l’impérialisme et ses valets. » (1948)
« Un parti qui dirige un grand mouvement révolutionnaire, sans théorie révolutionnaire, sans connaissance de l’histoire, sans une compréhension profonde du mouvement dans sa réalité, ne saurait remporter la victoire. » (1938)
—> La réflexion, l’étude et une théorie politique doivent précéder l’action.
Cela a des échos multiples :
« Une vision qui ne s’accompagne pas d’actions n’est qu’un rêve. Une action qui ne découle pas d’une vision c’est du temps perdu. Une vision suivie d’action peut changer le monde. » Nelson Mandela
« L’action sans philosophie est une arme mortelle [pour la cause défendue], la philosophie sans action est sans valeur. » Yoichiro Honda 本田宗一郎
« la société qui sépare ses intellectuels de ses soldats aura sa pensée faite par des lâches et sa défense faite par des idiots. » Thucydides
Chapitre 2 Les classes et la lutte des classes
« Si, dans le passé, toutes les révolutions en Chine n’ont obtenu que peu de résultats, la raison essentielle en est qu’elles n’ont point réussi à unir autour d’elles leurs vrais amis pour porter des coups à leurs vrais ennemis. »
—> Il convient de clairement identifier les vrais ennemis et les vrais amis. Si l’ennemi est insaisissable car c’est un système, le système capitaliste, alors ce n’est pas forcément le cas de ses amis ni de ses ennemis.
Chapitre 5 la guerre et la paix
« C’est pourquoi l’on peut dire que la politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique avec effusion de sang. » (1938)
« Pour ce qui est des pays impérialistes, nous devons également nous unir avec leurs peuples et chercher à réaliser la coexistence pacifique avec ces pays, à faire du commerce avec eux et à empêcher une guerre éventuelle » (1957)
« Nous sommes résolument pour la paix et contre la guerre. » (1957)
—> Il serait utile de rappeler ces lignes à Xi Jinping pour qu’il renonce à envahir Taïwan.
Chapitre 6 l’impérialisme
« Tous les réactionnaires sont des tigres en papier. En apparence, ils sont terribles, mais en réalité, ils ne sont pas si puissants. […] Pour la bonne raison qu’ils sont coupés du peuple. » (1946)
—> Coupés du peuple ? C’est toujours vrai ! En papier ? Qui a des allumettes ?
Les allumettes de Mao, c’était la promesse de partager les terres et de les redistribuer équitablement. Cela a rallié la population aux communistes. En face, l’armée nationaliste de Tchang Kai-chek, pourtant soutenue par les Etats-Unis, a accumulé les défaites jusqu’à devoir évacuer le continent.
La rupture avec le peuple est le point faible. À nous de trouver nos allumettes mais aussi de donner unité à ce peuple. Or il semble plus divisé et radicalisé que jamais avec la montée de l’extrême droite et de l’extrême gauche.
Chapitre XI la ligne de masse
« Si nous tenions à passer à l’offensive alors que les masses n’ont pas encore pris conscience, ce serait de l’aventurisme. » (1948)
—> Prendre conscience de quoi ?
- Que les richesses sont accaparées par la bourgeoisie ?
- Que notre mode de vie détruit la planète ?
- Qu’un autre monde est possible ?
Mao ne le précise pas mais cela rejoint peut-être le concept d’hégémonie culturelle. Cela rejoint aussi peut-être ce que dit Noam Chomsky :
« La population ne sait pas ce qu’il se passe et elle ne sait pas qu’elle ne sait pas. »
C’est toujours le cas, sinon les zapatistes n’auraient pas entrepris de venir en Europe en 2021 avec ces mots : « réveillez-vous ! »
Mao a aussi dit dans ce chapitre :
« Si nous n’avancions pas, alors que les masses demandent à avancer, ce serait de l’opportunisme de droite. » (1948)
—> Quand le peuple s’éveillera, il ne sera plus question de tergiverser.
« Il vient une heure où protester ne suffit plus, après la philosophie, il faut l’action. » Victor Hugo
Chapitre XV Les « trois démocraties »
« Le Parti doit éduquer ses membres dans les questions de la démocratie, afin qu’ils comprennent ce qu’est la vie démocratique, quels sont les rapports entre la démocratie et le centralisme et comment se pratique le centralisme démocratique. Ainsi seulement nous pourrons étendre effectivement la démocratie au sein du Parti, tout en évitant l’ultra-démocratisme et ce laisser-aller qui détruit la discipline. » (1938)
—> Je ne crois pas Mao très bien placé pour donner des leçons sur le thème de la démocratie … Je ne sais pas ce qu’il entendait par « ultra-démocratisme » mais voici ce qu’il en dit plus loin :
« II faut, sur le plan de la théorie, détruire les racines de l’ultra-démocratisme. » (1929)
—> Cela dit, éviter de détruire la discipline est certainement un bon conseil.
Chapitre XXII Méthodes de pensée et de travail
« En vue de conquérir leur liberté dans la nature, les hommes se sert des sciences de la nature pour l’étudier la dompter et la transformer, et obtiendrons la liberté de la nature même. » (1940)
—> Dompter, transformer, … On est loin des animistes pour qui le concept de nature n’existe pas…

Chapitre XXXII La culture et l’art
« La littérature et l’art prolétarien font partie de l’ensemble de la cause révolutionnaire du prolétariat ; ils sont, comme disait Lénine, « une petite roue et une petite vis » du mécanisme général de la révolution. »
—> Les zapatistes disent un peu la même chose :
« Si ta révolution ne sait pas danser, ne m’invite pas à ta révolution. »
Dans ce chapitre, Mao dit aussi :
« Une armée sans culture est une armée ignorante, et une armée ignorante ne peut vaincre l’ennemi. » (1944)
La 3ème république a fait le même constat, Wikipedia enseigne que l’on doit l’école gratuite et laïque de Jules Ferry notamment au constat que la défaite de 1870 serait due au manque d’instruction du soldat français par rapport au soldat allemand… Sachant l’impréparation de l’armée de Napoléon III, cela prêterait à rire s’il n’y avait eu 200 000 morts de part et d’autres.
Le parti communiste chinois ne se résume pas au petit livre rouge de Mao Zedong. Il y a aussi son hymne dont j’ai extrait ces lignes :
从来就没有什么救世主, Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
—> Je ne crois plus non en la femme ou l’homme providentiel (ce qui nous éloigne encore un peu de Mao qui voulait qu’on lui voue un culte).
要创造人类的幸福, Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
—> Cela suggère qu’il faut organiser son autonomie sans forcément rien attendre du pouvoir. C’est la posture « sans » des zapatistes
让军中战士一齐罢工, Appliquons la grève aux armées,
使暴力机器乱作一团 Crosse en l’air et rompons les rangs !
—> Ces couplets pacifistes rejoignent quelqu’un de bien de chez nous, Étienne de La Boétie, qui, dans son discours de la servitude volontaire, a écrit :
« Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. »
La version originale de cet hymne n’est pas en chinois… Il a été écrit dans une cachette après la chute d’une expérience démocratique extraordinaire. C’est l’Internationale ! Allons voir en Europe il y a 150 ans !